société de musique depuis 1884

Le Centenaire

Souvenirs du centenaire de la fanfare Cécilia

centenaire
Texte tiré du livret de fête du Centenaire et de la 26e Amicale des fanfares DC du district de Conthey, en avril 1984. Télécharger au format Word.

La Cécilia a cent ans

« Il n’y a dans la nature d’être si brut, si stupide ou si sauvage dont la musique ne change le caractère. L’homme qui n’a dans son âme aucune musique et qui n’est pas ému par l’harmonie des accords est capable de trahison, de ruses et de mal; les mouvements de son âme sont lents et mornes comme la nuit ; ses affections sont noires comme l’Erèbe. Ne vous fiez pas à un tel homme. »

Shakespeare

Si loin que remontent les historiens dans les brumes du passé ou si avant que leurs explorations pénètrent dans les derniers retranchements des peuplades inconnues, partout la musique apparaît liée aux manifestations élémentaires de la vie de société, comme à l’expression native des sentiments de l’âme.

« On connaît – a dit Ozanam – des peuplades qui ne sèment point, qui ne bâtissent point ; on n’en connaît point qui ne chantent pas, qui n’aient pas des mélodies pour bercer les enfants, pour animer les guerriers, pour louer les dieux. » C’est dire si la musique est nécessaire à l’homme pour manifester ses joies, ses peines ou ses douleurs et pourquoi les hommes aiment à se rencontrer pour pratiquer ensemble la musique vocale ou instrumentale.

On ne trouve aucun document pour établir quelle fut la vie musicale à Ardon avant la fin du siècle dernier. C’est en 1879 que Messieurs Joseph Coppey et Jean Tellenbach conçurent le dessein de former à Ardon une société de musique instrumentale. La mise sur pied d’une telle société n’a pas dû être des plus difficiles à une époque où la jeunesse n’avait que peu de distractions et ne connaissait ni la passion des sports, ni la fièvre des affaires. Il semble que la musique se soit présentée alors comme un champ d’action tout à fait approprié à l’aspiration de la jeunesse. C’est ainsi que se groupèrent une dizaine de musiciens dans une association qui ne portait ni de nom, ni de drapeau et dont Monsieur Tellenbach assumait la direction.

Mais dès 1880 des dissensions s’élevèrent au sein de cette société ce qui provoqua la formation de deux clans.
Le 19 mars 1881, fête de Saint-Joseph, la société organisa une sortie à Leytron. Au retour, sous l’effet du vin consommé en abondance et à la suite des péripéties de la journée, la discussion s’envenima et les esprits s’échauffèrent de telle sorte que, consommant la division, les récalcitrants, groupés autour de Monsieur Joseph Coppey, quittèrent la société pour en fonder une nouvelle sous le nom de la «Lizernoise». De son côté, Monsieur Jean Tellenbach regroupa ses amis sous la bannière d’une autre société qui se dénomma l’«Union instrumentale».

Pour se donner du lustre et mieux rivaliser, les deux sociétés participèrent simultanément, en 1882 à la Fête des musiques villageoises à Chamoson et en 1883 à celle de Nendaz.

En 1884, à l’occasion du 1er janvier, le Conseil communal invita les deux sociétés à trinquer le verre de l’amitié. A cette occasion Monsieur Frédéric Clémenzo prit la parole et, en termes pleins de tact et de bon sens, réussit à persuader les intéressés à opérer la fusion des deux sociétés rivales.

Ainsi, sans en porter encore le nom, la CÉCILIA était née. Mais l’union ne fut d’abord qu’assez imparfaite. La proposition de Monsieur Clémenzo n’avait été acceptées que sous condition : les deux groupes joueraient ensemble dans les fêtes officielles mais conserveraient leur entière liberté pour ce qui regardait les autres sorties. C’est dans cet esprit que l’on participa ensemble à la fête de Leytron en 1884. La société comptait alors 20 membres actifs et 15 membres honoraires.

Il est clair qu’un tel «modus vivendi» ne pouvait être durable et que cela amènerait immanquablement une nouvelle scission. C’est pourquoi, lors d’une assemblée générale réunie le 9 novembre 1884, les sociétaires décidèrent de supprimer les deux appellations de «Lizernoise» et d’«Union instrumentale» et de former dorénavant qu’un seul corps de musique portant le nom de CÉCILIA dont le directeur était Monsieur Joseph Coppey.

A cette époque et vu la maigre capacité financière de la société, chaque sociétaire devait fournir son instrument. Cet état de chose s’avéra néfaste : les membres affichaient souvent une allure frondeuse, les absences aux répétitions se multipliaient, certains musiciens faisaient montre de mauvaise volonté. Pour remédier à cette situation, les sociétaires, par 17 vois contre 3, décidèrent, en assemblée générale du 15 mars 1886, le rachat des instruments. Une commission taxa les apports de chacun et l’on indemnisa les intéressés.

En 1888, la Cécilia eut la charge d’organiser le festival des fanfares villageoises du Centre. Chacun eut à coeur de préparer magnifiquement cette importante manifestation. Il semble que la société fut à tel point fatiguée des gros efforts fournis que, durant six ans, nous assistons à une activité qui bat à un rythme ralenti. Le recrutement de nouveaux membres ne se fait que très difficilement. Les progrès sont pour ainsi dire nuls. Mais dès 1896 et surtout en 1897, on note de nouvelles adhésions qui amènent un sang neuf et des jeunes enthousiastes.
Sous la forte direction de Monsieur Joseph Coppey, aidé dans sa tâche par Monsieur Henri Gaillard père, qui avait très tôt été nommé sous-directeur, la Cécilia fit de rapides progrès. A parti de 1902 Monsieur Joseph Coppey, tout en conservant le titre de directeur, céda la baguette à Monsieur Henri Gaillard. On le revit cependant encore au pupitre à l’occasion de certaines fêtes. Il se retire en 1905 après avoir assuré la direction durant 21 ans. Mais hélas, cette même année vit l’éclatement de la Cécilia. Par suite de dissensions politiques, un certain nombre de membres se retirèrent et formèrent une nouvelle société, l’Helvétia. De ce fait la Cécilia devenait une société purement conservatrice. Malgré cette scission, qui eut pour résultat de faire naître une belle émulation entre les deux fanfares villageoises, les membres de la Cécilia, quelques temps désemparés, se regroupèrent sous la direction de Monsieur Henri Gaillard père. De nouveaux membres furent incorporés dans la société qui opéra un magnifique redressement, de telle sorte qu’elle put participer au concours de Monthey d’où elle rapporta une appréciation très flatteuse du jury. Cette réussite l’encouragea à réaliser la construction d’un local pour ses répétitions. A la fin de l’année 1911, la décision fut prise de mettre à exécution le projet qui fut mis en chantier au courant de l’année 1912. Cette entreprise suscita une grande émulation au sein de la Cécilia. Les sociétaires firent preuve de dévouement et de solidarité. Et c’est ainsi qu’en 1913, sous la présidence de Monsieur Henri Clémenzo, le Hall populaire, dû à l’initiative de Monsieur Frédéric Luginbuhl, nommé par la suite président d’honneur, pu être inauguré.
Vers cette même période, la société qui se développe de manière réjouissante, décide de confier la direction musicale à un musicien professionnel et fait appel, à cet effet, à Monsieur Mautrèfle, directeur de l’Harmonie de Martigny. Hélas, dès 1914, la Première Guerre mondiale vint interrompre cette belle activité. En sa qualité de Français, Monsieur Mautrèfle dut regagner son pays et la Cécilia, privée par la mobilisation d’une partie de ses membres, se contente de durer jusqu’en 1919. On fait alors appel à Monsieur Hillaert, directeur de l’Harmonie de Sion qui, grâce à son talent, parvint en quelques mois à redonner à la société son lustre d’autrefois et lui permit de participer au concours de Martigny où elle remporta une couronne de laurier.
Cependant, au cours de ces années, le poids de la dette contractée pour la construction du «Hall populaire» devint intolérable. Le parti conservateur d’Ardon, qui en avait encouragé la construction et qui l’utilisait pour ses assemblées et manifestations, accepta de le reprendre à son compte, ce qui libérait la Cécilia d’un lourd fardeau.
En 1921 la Cécilia fut chargée de l’organisation du festival des fanfares du Centre. Ce fut une magnifique réussite qui laissa une recette appréciable à une société dont les finances n’étaient guère brillantes.
L’année suivante, Monsieur Pinel succéda à Monsieur Hillaert au pupitre de direction. Il encouragea la société à participer à la fête fédérale qui se déroula à Zoug en 1923. La Cécilia s’y rendit et en revint avec une couronne de laurier pour la lecture à vue et un couronne de laurier pour l’exécution du morceau de choix.
De 1926 à 1930, la direction est confiée successivement à Messieurs Duriez et Douce. En 1930 enfin, le comité appelé à choisir un nouveau directeur fit appel à Monsieur Jean Novi, directeur de la Lyre de Vevey et professeur au Conservatoire de Lausanne.
Sous cette direction avisée, la Cécilia prit un bel essor. Elle avait enfin trouvé une assiette stable. Le comité, présidé pendant plus de vingt ans, soit de 1925 à 1945, par Monsieur Marius Gaillard, se dévoua sans compter pour le développement de la société. D’autre part, sous l’habile direction de Monsieur Jean Novi, aidé par Monsieur Henri Gaillard fils, sous-directeur – qui avait entre temps suivi, à Lausanne, un cours de direction d’où il revint avec la note 1 et la mention «très bien» – la société peut mettre au pupitre des oeuvres de valeur et c’est ainsi qu’au concours de Martigny elle exécuta une fantaisie sur l’opéra «Le Cid» de Massenet.

Depuis lors, chaque année vit son répertoire s’enrichir d’oeuvres importantes et les noms de Beethoven, Berlioz, Wagner, Weber, Verdi, Rossini, Sibélius, Borodine, Rachmaninof, Mozart, Schubert, etc. figurent désormais sur les programmes des concerts de la Cécilia.

La Cécilia participa encore aux fêtes cantonales de Sierre en 1936 où elle joua l’ouverture de l’opéra «Euryanthe» de Weber, à Monthey en 1939 avec «Tarass Boulba» d’Alexandre Georges. Le poème symphonique «Finlandia» de Sibérilus, transcrit par Monsieur Jean Novi et exécuté lors de la fête cantonale de Brigue valut une appréciation très favorable du jury tant pour la transcription elle-même que pour son exécution.
Le 18 mai 1939, la Cécilia eut la charge d’organiser le 29e Festival des fanfares conservatrices du Centre.
Durant les années de guerre de 1939 à 1945, la Cécilia n’eut qu’une activité très restreinte, en raison de la mobilisation de ses membres. Mais la vie reprit intensément dès la fin des hostilités.
En 1948 les sociétaires s’équipèrent d’un uniforme élégant et sobre qui rehausse magnifiquement l’allure de la société.
En 1949, la Cécilia et l’Helvétia eurent la lourde charge d’organiser la fête cantonale des musiques valaisannes. C’est la première fois qu’une telle manifestation était confiée à des sociétés villageoises. L’enthousiasme de tous les musiciens et le concours généreux et dévoué de toute la population d’Ardon en assura la pleine réussite.
Le 29 avril 1956, la Cécilia organisa la 6e Journée amicale des fanfare conservatrices du district de Conthey.
En 1959, les 23 et 24 mai, la société célèbre dans le faste le 75e anniversaire de sa fondation qui vit la participation de 12 sociétés amies venues lui témoigner leur amitié.
Le 17 juillet 1960 on fêta les 30 ans de direction de Monsieur Jean Novi et de sous-direction de Monsieur Henri Gaillard. A cette occasion une journée musicale réunit les trois sociétés dirigées alors par Monsieur Novi : l’Harmonie de Martigny, la Persévérante de Leytron et la Cécilia. Ce fut une magnifique journée de ferveur et de reconnaissance à l’égard de deux hommes qui avaient bien mérité de la société.
Le 29 avril 1962, la Cécilia a le privilège d’organiser la 10e Amicale des fanfares conservatrices et chrétiennes-sociales du district de Conthey et le 17 mai 1964 le 49e Festival des fanfares conservatrices et chrétiennes-sociales du Centre. Elle profita de cette occasion pour renouveler ses uniformes et faire l’achat d’un nouveau drapeau.
L’année 1965 vit la retraite de Monsieur Jean Novi qui avait, avec distinction, compétence, dévouement et persévérance, assumé durant trente-cinq ans la direction musicale de la société. Son départ fut unanimement regretté. Sous sa baguette, la Cécilia avait fait d’immenses progrès et ses exécutions, lors des fêtes et autres manifestations, étaient appréciées des connaisseurs.
Furent appelés alors successivement à la direction musicale de la société Monsieur Henri Sauge de 1965 à 1969, Monsieur Léon Foré de 1969 à 1973, Monsieur René Bobilier de 1973 à 1975, tous excellents musiciens qui peu à peu rajeunirent le programme musical de la Cécilia.

C’est Monsieur Jean-Michel Germanier qui, dès 1975, fut appelé à prendre la direction de la société. Musicien avisé, excellent connaisseur de la musique moderne, persévérant, travailleur, il insuffla une nouvelle énergie à ses musiciens. Sous sa baguette compétente, la Cécilia a modifié son orchestration, se rapprochant du style des «big-band». Elle a aussi modernisé ses programmes en exécutant de la musique d’aujourd’hui. Elle a rajeuni ses rangs et renforcé ses registres ce qui lui a permis de se produire avec succès aux fêtes cantonales de Vouvry et de Brigue. Elle organise chaque année, durant l’été, un camp musical d’une semaine à l’intention de ses jeunes musiciens, ce qui permet de regarnir avec bonheur et régulièrement ses rangs, et d’envisager l’avenir avec optimisme. Il faut relever qu’en 1978 la Cécilia s’est dotée de nouveaux uniformes plus colorés que les précédents : veste bordeaux, pantalon beige, ceinturon, le tout galonné d’ocre et de bordeaux, avec casquette reprenant les deux couleurs de l’uniforme. Ces costumes furent inaugurés avec solennité lors d’une manifestation organisée le 4 juin 1978 avec la participation de vingt sociétés amies.

En 1982, la Cécilia a eu le grand chagrin de perdre son président Jean-Luc Valette, jeune homme enthousiaste, entreprenant, plein de dynamisme, que la mort a fauché dans l’élan de sa jeunesse. Il convenait de rappeler aujourd’hui son souvenir : il se réjouissait, en effet, d’organiser le centenaire de la société qu’il aimait. Le sort cruel ne l’a pas voulu. Son départ prématuré a été unanimement regretté.

Bien sûr, tout au long de ses cent années d’existence, la société eut à faire face à maintes difficultés, au-dedans comme au-dehors. Les heurts et les frictions ne firent pas défaut comme dans toutes société humaine, mais elle est toujours parvenue à les surmonter.

A quoi sert d’épiloguer sur les faiblesses humaines! Toute société en est le jouet et ne résiste que grâce à la fidélité et à la ténacité de ses membres. L’essentiel est que la Cécilia ait continué, contre vents et marées, son petit bonhomme de chemin et qu’elle soit toujours présente pour apporter un peu de vie, de joie et d’harmonie au sein de notre communauté villageoise.